La bicarburation gazole- fioul d’avant Euro4 était aussi néfaste pour l’environnement que pour les moteurs. Mais les nouvelles normes anti- pollution excluent le fioul. Les équipements annexes étant désormais « nourris » au gazole, reste à en comptabiliser la conso annuelle, pour la détaxer. C’est ce que permet le dispositif Polytax, récem- ment homologué par les Douanes.
Thierry de SAULIEU

Quand un moteur est alimenté par deux carburants qui ne sont pas astreints à la même assiette fiscale, on appelle ça « bicarburation ». Ainsi, lorsqu’un véhicule (Euro 3 ou moins) est sur la route, il est « nourri » avec du gazole taxé et lorsque les équipements (grue, hydrocureuse, malaxeur…) sont actionnés, c’est du fioul domestique de chauffage(détaxé) qui sert à les faire fonctionner.

Par le passé, le dispositif mis en place faisait appel à deux réservoirs, à des compteurs et à un petit système électronique et mécanique. Ainsi, l’un ou l’autre des réservoirs était utilisé selon sa destination. Cette solution était certes encombrante et lourde, mais ne posait que peu de problèmes techniques, et offrait l’avantage majeur d’une économie importante sur la note de carburant.

Aujourd’hui, avec le passage des moteurs à la norme Euro 4 (et plus), les choses ont changé. En effet, les moteurs nécessitent des hautes pressions dans les injecteurs ou le commonrail, qui s’accommodent très mal de la mauvaise qualité du fioul. Les importantes quantités de particules et de soufre présentes dans le fioul peuvent même être fatales au moteur.

De plus, les particules contenues dans du fioul sont accusées d’être nuisibles à nos poumons et cancé- rigènes. De son côté, le soufre est l’un des facteurs responsables de la déforestation, via les pluies acides.

A ce sujet, on est très étonné de voir que la guerre contre les particules menée par des motoristes de l’automobile et du camion ne soit pas lancée avec une ardeur égale par l’État contre la pollution occasionnée par le fioul de chauffage.

Pas de doute, l’État a des égards envers les compagnies pétrolières qui lui rapportent tant d’argent… Moyennant quoi les compagnies peuvent écouler des carburants mal raffinés et de basse qualité pour le chauffage, histoire de participer au super bénéfice qui retombe pour une part dans les caisses de l’État.

La double carburation est une nécessité pour bon nombre de sociétés (on estime leur nombre en France à 15 ou 20 000) qui utilisent le camion comme un porte-engin pour entraîner des équipements : les rues des forestiers (qui font davantage tourner le moteur à l’arrêt pour les équipements que pour rouler), les hydrocureuses, les toupies, etc.

Eric Annezer, un ancien de l’entretien et de la maintenance des camions, s’est penché sur le problème.
Objectif :
apporter une réponse satisfaisante pour le transporteur, le mécanicien, l’écologiste, mais aussi pour les services fiscaux qui perçoivent la redevance sur les carburants, tout en étant en conformité avec l’arrêté du 29 avril 1970 qui prévoit un régime particulier pour les carburants destinés au fonctionnement des équipements.

Le Sénat vient d’adopter le principe de remboursement de cette TIPP en spécifiant : « Les engins fonctionnant à l’arrêt (…) peuvent bénéficier (…) du remboursement annuel du différentiel de taxe intérieure de consommation entre le taux réduit et le taux forfaitaire du gazole (…). Le bénéfice de ce remboursement est subordonné à l’installation d’un dispositif permettant de comptabiliser la consommation annuelle de l’engin ». Scania et Man, avant même que cette décision soit prise, avaient présenté leurs premiers véhicules équipés de Polytax (www.polytax.fr).

Le concept préconisé et mis au point par Eric Annezer est simple :

 

On utilise un seul réservoir et on mesure les consom-mations utilisées par le véhicule en roulant et à l’arrêt pour les équipements par le biais d’un compteur plombé. Avec le comptage obtenu, l’administration rembourse la différence entre le gazole taxé et le non-taxé utilisé par les équipements du camion.

Un dispositif homologué

Pour lancer son système, cet inventeur indépendant s’est assuré le concours de l’IFP (Institut français du pétrole) et de spécialistes de l’électronique. Ensemble, ils ont mis au point le Polytax, un dispositif pas plus grand qu’un autoradio, qui remplace le double réservoir et tout le reste… Avec lui, on gagne en simplicité et en poids, mais aussi en pollution par rapport au dispositif traditionnel de bicarburation. Ainsi, avec le Polytax, même les véhicules qui par le passé, faute de place, ne pouvaient pas adopter la double carburation et le double réservoir, peuvent aujourd’hui bénéficier de la détaxation du carburant, comme par exemple les toupies à béton installées sur des véhicules à empattement court du type 8x2/6 (qui évoluent en ville). L’administration des Douanes ayant validé le process Polytax, plusieurs grandes marques devraient prochainement le proposer, comme Mercedes, Renault et Man. La STVI (qui distribue le dispositif) est en train de mettre en place un réseau de commercialisation et d’assistance. Celui-ci s’appuiera sur un réseau de professionnels du camion. Pour la partie Sud-Ouest, c’est l’incontournable Fabien Calvet qui devrait s’en charger.

Plein feu sur le télépéage  Plein feu sur les transports Veynat  Maîtrise avec le logiciel Parck Pay as you Drive Dotmobil