Créée en 2004, Dotmobil monte en pression et entend gagner des parts de marché significatives. Le spécialiste du suivi de flotte par satellite a déjà équipé 1 500 véhicules et compte en équiper 3 000 supplémentaires pour la seule année 2008. Ses atouts : un marché de plus  en plus mûr et des prix devenus abordables.
Eric GIBORY

Pierre Lefèvre, directeur de Dotmobil, n’en est pas à ses premiers pas sur le marché de la mobilité. Déjà, en 1995, ce spécialiste des technologies de communication participe à un projet d’envergure à la demande de Citroën, Siemens, France Télécom et Microsoft. Le but de l’opération : concevoir une voiture communicante et la livrer à Bill Gates. Mais, à l’époque, les technologies n’étant pas encore matures, le véhicule ne permet de transmettre que de la voix. Mais Pierre Lefèvre continue sur sa lancée. Il participe à la mise au point du système autoradio communicant de Citroën en collaboration avec le constructeur, Microsoft et Clarion. Parallèlement, il travaille au développement d’un système de com- munication couplé à la géolocalisation. Il crée sa société, Induct, en 2004. Son objectif : créer des systèmes électroniques d’aide à la conduite et de robotique automobile et ce, de la phase d’ingénierie jusqu’à la création de logiciels. Parallèlement, il crée une filiale pour développer ses propres systèmes  de suivi de flotte par satellite. Son nom : Dotmobil. Le système est simple : un boîtier GPS est installé à l’intérieur du véhicule. Baptisé Dotbox, ce boîtier communique avec le serveur de Dotmobil via GSM et GPRS. Les données sont ensuite organisées par Dotmobil qui les met à la disposition de ses clients sur Internet. Il suffit alors au client de se connecter au web depuis n’importe quel endroit pour accéder à sa plateforme de géolocalisation et gérer sa flotte en temps  réel.

Différentes cartographies sont visualisation des véhicules proposées : visualisation des véhicules sur carte de type Michelin, vue du ciel avec Google Earth, ou encore visualisation du paysage en trois dimensions.

La flotte en direct

Depuis son poste informatique connecté à Internet, le client peut générer des rapports quotidiens d’un ou plusieurs véhicules et importer très facilement les informations nécessaires à la bonne gestion de sa flotte : vitesse et position des véhicules, distance parcourue, ouverture de porte… Ces informations sont transmises selon un protocole de communication sécurisé et sont exportées vers l’ordinateur de l’utilisateur sous forme de fichiers Word, Excel, Access…, mais peuvent aussi, grâce aux options proposées par Dotmobil, être rapidement et très facilement récupérées par GPRS, Bluetooth ou encore Wi-Fi si l’utilisateur n’est pas à son bureau. La Dotbox offre également la possibilité de connecter un scanner, une imprimante ou encore un PDA. Autant d’options qui permettent à l’utilisateur de lire et de récupérer les informations en temps réel quelle que soit la localisation du véhicule, mais aussi d’échanger directement des données entre conducteurs et exploitants. Le gestionnaire de la flotte peut ainsi envoyer des ordres de mission sur un écran disposé dans le véhicule qui guide ensuite le conducteur jusqu’à destination.
 « A titre d’exemple, explique Pierre Lefèvre, le responsable d’une flotte de plombiers peut connaître le véhicule disponible qui est le plus proche d’un lieu d’intervention et lui envoyer sa feuille de route ».
Une location tout compris Dotmobil estime aller au-delà de la simple géolocalisation en proposant un large éventail de fonctions associées. Ainsi, le système développé permet d’informer le client, en temps réel, sur la livraison en cours sans que le gestionnaire d’exploitation n’ait besoin de

solliciter le conducteur. Le système permet par ailleurs d’optimiser le taux d’utilisation de la flotte en limitant les déplacements inutiles et les modifications de missions, ce qui réduit le stress  du conducteur lié à l’incertitude quant à ses missions et ses temps de travail. Le système prend également les contraintes (code de la route, trajet…) en compte pour limiter les écarts  avec la réalité du terrain. Ainsi le conducteur limite les prises de risques en respectant les limitations de vitesse et les temps de  conduite. Enfin, le système renforce la sécurité des conducteurs et du  chargement en émettant automatiquement une alerte avec localisation et identification du véhicule et de son chargement en cas de vol. Dotmobil est également capable de développer des solutions sur- mesure en utilisant par exemple la technologie RFID. Le système est commercialisé sous la forme d’un contrat de location qui comprend l’installation du boîtier, les communications et  la maintenance. L’entreprise devra s’acquitter de 35 à 60 € par mois selon les options choisies.

De multiples bénéfices

Reste que le système proposé par Dotmobil ressemble à s’y méprendre à ceux de ses concurrents. « Nous nous singularisons grâce à deux éléments, se  défend Pierre Lefèvre. Premier point, nous sommes capables de gérer une solution qui implique un  véhicule maître et plusieurs systèmes esclaves. Ainsi, pour les interventions sur les autoroutes, le véhicule du chef  d’équipe collecte les données des machines disséminées aux alentours. Nous gérons  la production et pas seulement les mouvements. Deuxième singularité, nous travaillons  par Internet avec des données remontées sur nos serveurs ». Comme l’ensemble de ses concurrents, Pierre Lefèvre insiste sur les bénéfices enregistrés grâce à son système : « La première économie concerne les kilomètres parcourus qui peuvent baisser de 5 à 10 % en moyenne.  Ainsi, une entreprise bordelaise spécialisée dans le traitement des charpentes a gagné une mission par   semaine et par équipe, soit au final une progression de 19 % de son chiffre d’affaires. Autre exemple, un transporteur du Sud de la France a pu vérifier que ces camions ne tournaient pas à l’arrêt pour

alimenter la climatisation. Le bénéfice : 11 € de l’heure à multiplier par sa flotte de 60 véhicules » Voilà qui n’est pas  négligeable ! Dotmobil installe lui-même les boîtiers dans les véhicules et accompagne les entreprises dans la prise en main de la  solution. « Si l’entreprise a besoin de rapports spéci- fiques, nous les créons avec elle. Il n’est pas question de livrer une usine à gaz. Nous passons du temps avec le gestionnaire pour qu’il puisse extraire les données dont il a besoin  l’exclusion des autres ».

Le service au juste prix

Pour l’instant, les PME constituent la majorité des clients de Dotmobil. « Les grands comptes ont du mal à y venir pour des raisons sociales, explique Pierre Lefèvre. Ils ont peur que le système soit considéré comme du flicage. Cela étant, les CRAM et la  CNIL ont fait évoluer les mentalités: les grands  comptes commencent à voir  l’intérêt d’unetelle solution. Dans un contexte  où le pétrole augmente, où les contraintes environnementales sont de plus en plus présentes, un système de suivi de flotte a toute sa justification. Une flotte est un outil coûteux qu’il faut gérer. Il a fallu attendre 2007 pour pouvoir démontrer l’intérêt de notre outil. Il n’existe pas beaucoup de solutions qui permettent d’économiser 10 % de pollution instan- tanément. Ce  point de vue m’importe beaucoup. Notre dispositif a un effet immédiat tout en étant  facile à déployer ». Reste que dans le passé, de nombreux acteurs ont fermé leurs portes ou ont été rachetés par des concurrents. Selon Pierre Lefèvre, ces échecs sont à mettre sur le compte de politiques de prix trop basses avec des bénéfices limités : « Comme dans tous les métiers, il faut s’assurer qu’il existe un retour sur investissement. Or,  ce retour sur investissement ne peut intervenir avec un système loué 20 € par mois. Pour que le système fonctionne, l’entreprise doit réaliser des économies. Le système installé doit donc intégrer suffisamment de  fonctions. Ce n’est pas possible à 20 € par mois et ce d’autant plus qu’installer le système et le contrôler a un coût. Il s’agit d’un métier  de service ». Et le service a un coût sur lequel il est difficile de transiger  sans mettre en péril la qualité.

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